O l i v i e r

17 _ a n s

H y p o k h â g n e _ L S H





# Posté le vendredi 26 septembre 2008 19:16

Modifié le lundi 28 septembre 2009 15:23

Comme ça.

<< ___ Souviens-toi de cette plage, de cette journée brûlante, lorsque nos regards se sont croisés pour la première fois. Nous étions plus jeunes, des inconnus l'un pour l'autre. Tu m'as souri, me fixant de tes grands yeux, bleus comme la mer. J'ai alors tout oublié. Seuls tes yeux et ton sourire avaient un sens, lumineux dans le vide. Je t'ai rendu ton sourire. Pour la première fois de toute mon existence, je souriais. Nous avons marché, sans un mot. Il y avait toi, puis moi. Rien d'autre. Pas même le soleil qui nous brûlait la peau, ni le bruit des vagues. Pendant des heures, je n'ai fait que te percevoir, toi. Le soir, tu as prononcé quelques mots. Je ne me souviens plus desquels, mais peu importe. Seule la sensation qui les accompagna compte. J'ai été pétrifié, tout à coup. Entièrement saisi par toi. Ton visage, ton corps, ta voix, étaient devenus en une fraction de seconde mes seules et uniques raisons de vivre.
___ Souviens-toi. Tu étais ce qui me changea, ce qui éradiqua tout en moi, ce qui fit de moi un autre. Je le savais. J'ai posé mes lèvres sur les tiennes. Puis tu m'as souri. Nous nous sommes jurés de ne former qu'un, à jamais. Seuls nos regards et nos lèvres suffirent. Je ne voyais que nous, dans le bonheur. Rien d'autre ne comptait. Nous, bien au-dessus du reste. Nous, sans le reste. Nous, particule de chaleur au milieu d'un désert de glace. L'idée de te perdre ne me faisait pas peur, car elle n'était même pas envisageable. J'ai toujours été malheureux avant la naissance de ce nous. Combien de fois, avant, avais-je eu l'âme brisée ? Combien de fois m'étais-je dit que rien n'avait d'importance ? Que ma destinée était de survivre, dans la masse immonde ?... Seul mon corps vivait. Mon c½ur était desséché, comme une coquille vide. Mon âme pourrie par la haine. Tu m'avais donné la vie. Je t'aimais. Tu étais la seule que j'aimais. Un ange immaculé, au milieu de la merde que formait le reste. Tu avais créé le bonheur pour moi. Ma vie se résumait à ton être, à notre union.
___ Pourquoi avoir tout anéanti ? Tu en as juste aimé un autre. Enfin, c'étaient tes mots. Ce que tu avais tellement pris à la légère m'a tué. Littéralement. Comme avant, tu sais ? Mort. Voilà ce que je suis devenu. Tout s'envola. Même toi, mon ange. Tu t'es noyée dans la merde avec le reste. Je savais alors que jamais plus je ne connaîtrais le bonheur. Pourquoi vivre, en étant voué au malheur ? En plus d'avoir déchiqueté mon c½ur, tu m'avais projeté sous le reste, au fond de la masse. Humilié, torturé. Désintégré. C'est pour ça que je t'ai tuée, mon ange. Je ne peux pas décrire le plaisir que j'ai eu à transpercer ta peau, à déchirer ton corps, avec cette arme. Mon amour pour toi s'était transformé en une véritable aversion, qui m'a procuré comme un semblant de vie, lorsque j'ai pris la tienne. Chaque parcelle de mon être en a été irradiée d'une sensation inexplicable. Mais, après avoir eu cet intense plaisir, je me suis aperçu que toute ma vie était une mort, juste traversée par une petite oasis de bonheur, dont l'ancienne douceur me rongeait à présent. Alors, regardant tes grands yeux, bleus comme la glace et comme emprisonnés dans des larmes de sang, j'ai pris l'arme, l'ai placée contre ma tempe, et j'ai tiré. Je n'ai détruit que le peu de vie qu'il restait en moi.
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[ ... ]

# Posté le samedi 03 janvier 2009 20:50

Modifié le samedi 08 août 2009 21:54

Ultime.

___ La sonnerie retentit. Stridente, hurlante, déchirante même. Comme chaque matin, à la même heure. Comme chaque matin, je sursaute, et mon c½ur tambourine dans ma poitrine. Le souffle court, je me lève, quitte cet horrible lit. Comme chaque matin, je constate que j'ai été dévoré par les puces et les moustiques. Comme chaque matin, il fait atrocement chaud, et humide. Les vêtements usés et dégoûtants collent à ma peau suintante. Je regarde par la fenêtre, ce paysage qui semble figé. Laid et désolé pour l'éternité. Puis, comme chaque matin, un gardien m'apporte de quoi manger. La substance verdâtre sent mauvais, ne nourrit pas suffisamment mon corps décharné au fil des jours, et me rend malade. Comme chaque matin, je mange la nourriture, la porte à ma bouche avec mes doigts. Le garde m'observe à travers les barreaux de la porte, se rit de moi. Me regarde vomir et me convulser à terre comme un animal, avec des yeux pleins de mépris, luisants de haine, heureux d'être diverti durant sa journée.
___ Comme chaque matin, depuis bientôt quatre ans, je suis prisonnier dans une cellule dégueulasse. Je suis le jouet de gorilles stupides. Condamné jusqu'à la fin de mes jours, pour un meurtre que je n'ai pas commis. Je deviens peu à peu fiévreux. Je sens mon sang bouillir, ma vision se troubler. Mon corps faiblit, peu à peu, jour après jour... Alors que je me bats de toute mon âme pour sortir, pour clamer mon innocence, mon corps se met en travers de ma route. Je veux la liberté. Me battre pour la liberté. Être libre, pour toujours. Je veux que rien ne s'oppose à ma liberté. Ni ces murs noircis par la crasse des ans. Ni ces hommes de pierre qui me retiennent prisonnier. Ni ce corps, faible, qui emprisonne mon esprit, réduisant à néant la seule force qu'il me reste. Alors, je me lève. Brusquement. La fièvre est plus forte que jamais. Je m'approche d'un mur de ma cellule. Je tremble. Me sens mal, tellement mal. Ai tellement besoin de cette chère liberté, de la force de mon esprit. Observe la surface crasseuse. Pour sortir d'ici. Je trouve enfin la solution. Pour sortir de cette cellule, tombeau de mon corps, je dois sortir de mon corps, tombeau de mon esprit. Ivre de joie, englouti dans le délire fiévreux, je m'exécute. Frappe mon crâne aussi fort que possible sur la surface de brique. Recommence. Encore. Le geste s'exécute sans mon contrôle. Régulièrement. Mes yeux, bien que noyés dans cette ivresse délirante, aperçoivent la tache de sang qui s'élargit, à chaque coup, sur le mur. Un autre coup. Encore un. Le peu d'énergie qu'il me reste est utilisé dans la mutilation de ma prison charnelle. Un coup. Un autre. Puis un ultime. Ma tête s'écrase une dernière fois sur ce mur souillé. Mon corps tombe sur le sol comme une poupée de chiffons. Le sang s'écoule doucement. Ma vie s'éteint en quelques minutes.
___ Alors, je regarde ce pantin désarticulé, disloqué par la folie. Dans cette pièce, salie par la hargne et le désespoir. L'½il vitreux et incompréhensif du gardien, qui observe le macabre tableau en même temps que moi. Puis, je m'en vais, pour toujours. Errant dans l'infinité du paysage, dans la sobriété de la laideur, dans la pureté de la désolation.

# Posté le samedi 08 août 2009 22:33

Modifié le samedi 08 août 2009 23:28

Disséquer.

..... Finalement, qu'est-ce qu'écrire ? Prendre un stylo, et laisser son esprit en prendre le contrôle. Faire courir la pointe sur la feuille blanche et matérialiser ses empreintes noires, aussi rapidement qu'éternellement, comme les traces de lames de patins à glace sur un étang gelé. Entendre ce grattement, irrégulier, précis, unique, vigoureux, concrétiser avec ardeur des idées qui se seraient évaporées, sans avoir été connues. Griffer la surface immaculée avec tant de force d'esprit, qu'on la croirait présente dans le corps.
..... C'est alors que la plume devient scalpel, l'idée corps, et la feuille lieu d'éternité de l'expérience. La biologie a recours à la dissection des corps ; écrire, n'est-ce pas disséquer l'esprit ? Déchirer une phrase pour en arracher les idées ; extraire tout le sens de l'enveloppe littéraire, l'exposer à ses propres idées. Mobiliser d'autres idées, extraire d'autres sens d'autres mots ; faire une gigantesque analyse, puis tout mettre en contact avec ses idées. Les mots ne sont pas abstraits, inutiles et sans profondeur. Affirmer que l'épée est plus forte que la plume serait d'une stupidité et d'une banalité lamentables. Les mots sont plus crus et plus violents que n'importe quelle arme, plus concrets que la plus grande douleur physique. La force est vide du moindre éclat de conscience d'elle-même, stérile. Elle ne peut être que brute et immédiate ; les mots, un poison lent, douloureux et destructeur. Les idées d'autrui, même en étant antérieures de plusieurs millénaires aux nôtres, sont continuellement mêlées aux nôtres. C'est un rapport intime et violent qui s'exerce en nous, sans qu'on le sache, en permanence. Au-delà de l'espace, du temps et des cultures. Les idées sont universelles et éternelles, et il faut parvenir à les arracher à leur repaire pour les atteindre. L'ironie, la mauvaise compréhension, la dissimulation, sont autant de barrières qu'il faut anéantir pour être à même d'atteindre la substance des idées.
..... Après la dure besogne, toutes les idées sont assemblées, classées, structurées. Tout est rangé, en une synthèse formellement impeccable, carrée. Et les plaies sont refermées avec la plume, désormais aiguille. Tout est net, propre. Les entrailles sont dissimulées dans d'autres mots parfaitement suturés, purs et mystérieux. [...]

# Posté le vendredi 25 septembre 2009 17:54

Modifié le mercredi 14 octobre 2009 14:34